Lorsqu’on parle de pesticide, on évoque inévitablement le glyphosate. Une problématique mondiale et cruciale. Mais c’est oublier que les pesticides forment une grande famille et que si l’on veut réduire drastiquement voire supprimer l’usage de tous les pesticides de synthèse, il y a du pain sur la planche.

Pour commencer, un rappel toujours utile : le glyphosate est une molécule herbicide mise au point et commercialisée par la tristement célèbre firme américaine Monsanto en 1974 (eh oui, déjà!). Le brevet est tombé dans le domaine public en l’an 2000 et le glyphosate se retrouve aujourd’hui dans beaucoup de produits herbicides vendus par d’autres firmes que Monsanto. Ainsi, plus de 300 désherbants à base de glyphosate commercialisés par plus de 40 sociétés différentes sont actuellement homologués pour la vente en Europe.

Le glyphosate est produit par au moins 91 industriels dans cinquante pays. C’est en Chine que les producteurs sont les plus nombreux : 53, pour 9 en Inde et 5 aux USA. C’est la molécule active, la plus vendue et la plus répandue dans le monde.

Le problème de cet herbicide est qu’il est systémique et à action généralisée. En d’autres termes, aucune herbe n’est censée y résister. C’est ce qui a créé sa triste réputation, doublée du fait que cette molécule est depuis mars 2015 officiellement déclarée par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) comme « cancérigène probable ». Quand on sait que l’estimation d’épandage du glyphosate est de l’ordre d’un demi-kilo par hectare dans le monde, cela fait froid dans le dos.

Monsanto condamné

L’expression « cancérigène probable » peut faire sourire quand on sait que Monsanto a déjà été condamné plusieurs fois à cause du Roundup. Ce produit, qui contient du glyphosate fut clairement mis en cause lors du procès intenté par Dewayne Johnson. Ce jardinier fut diagnostiqué d’un cancer provoqué, selon un tribunal de San Francisco, par le Roundup. Il a touché 289 millions de dollars de dommages et intérêts.

Au moment de publier cet article, Bayer, qui a racheté Monsanto, doit faire face à plus de 18.000 plaintes aux Etats-Unis. En France, c’est 45 personnes qui avaient porté plainte au tribunal de Toulouse. Leur analyse d’urine contenait des taux importants de glyphosate. Ils furent les premiers, mais pas les derniers. Le phénomène enfle.

Un site Internet français a été créé début 2019 pour faire campagne contre le glyphosate en particulier et les pesticides en général (voir « Pour prolonger » en fin d’article). Ce site propose, sur base d’une analyse d’urine positive au glyphosate de soutenir toute personne qui le souhaite à porter plainte. Et ces plaintes se multiplient. Avec une telle ampleur que même certains élus locaux ont décidé de porter plainte contre l’Etat français pour « mise en danger de la vie d’autrui. » Il est tout simplement très probable que le sang de chaque Français contienne des traces de glyphosate. Avec un record pour cet étudiant toulousain dont le sang présente un taux 31 fois supérieur à la dose autorisée dans l’eau potable, qui est de 0,1 microgramme par litre.

Faire pipi pour coincer le glyphosate

En Belgique, on n’en est pas encore à ce stade de prise de conscience citoyenne. Pourquoi ? Peut-être parce que le glyphosate est déjà interdit chez nous. Cependant, bien qu’il soit interdit à la vente et bientôt à la consommation (à partir du 31 décembre 2019), ceci ne concerne que les particuliers. Les professionnels (agriculteurs) peuvent encore et toujours utiliser cette molécule justement décriée. Et donc la répandre de façon massive. Ne faudrait-il donc pas encourager la population à faire un test d’urine pour mesurer la présence de glyphosate (et d’autres pesticides de synthèse) et l’étendue des dégâts ?

Comme on le voit, d’un pays à l’autre, l’opposition au glyphosate s’exprime de façon différente… quand elle s’exprime.

Le glyphosate, un pesticide parmi tant d’autres

Mais ce qui est gênant, c’est que le glyphosate et le Roundup occultent, tel l’arbre qui cache la forêt, une véritable problématique de santé publique et environnementale. Car les pesticides de synthèse (donc fabriqués sous forme chimique et non naturelle) forment une grande famille. Le sujet est d’ailleurs tellement vaste qu’il est difficile de savoir par où commencer.

Le mot « pesticide » regroupe les insecticides, les fongicides (anti-champignons), les herbicides et les parasiticides (contre les parasites, exemples : poux, puces, moustiques). Cela signifie que les pesticides sont à usage multiple, donc omniprésents non seulement dans l’environnement, mais aussi directement à notre contact.

Le pesticide, une arme chimique qui s’ignore

L’ère des pesticides de synthèse débute vraiment après la première guerre mondiale. Lors de ce conflit, c’est la première fois que des armes chimiques sont développées : d’abord à base de chlore dès 1915, puis le phosgène en 1916 et enfin le gaz moutarde en 1917. Une vingtaine de gaz chimiques et meurtriers furent utilisés ou créés lors de la guerre 14-18.

Le tristement célèbre Zyklon B, utilisé dans les chambres à gaz des camps d’extermination allemands lors de la deuxième guerre mondiale, est d’abord un pesticide, utilisé à l’origine pour lutter contre les poux et certains parasites de récoltes.

Notons enfin l’Agent Orange, un défoliant (produit qui provoque la chute des feuilles des arbres, via une croissance incontrôlée et donc la mort de la plante) largement utilisé pendant la guerre du Vietnam, bien qu’il fut d’abord utilisé dans la guerre menée par les forces du Commonwealth en Malaisie (1952).

Ce que l’on oublie souvent, c’est que le lien entre armes chimiques et pesticides est en fait beaucoup plus étroit qu’on ne le croit. Ainsi, l’Agent Orange est un herbicide constitué de deux molécules dont une est quasiment systématiquement contaminé par la dioxine, produit hautement toxique et cancérigène, interdit mondialement depuis la Convention de Stockholm en 2001.

Un effet dévastateur

Plus concrètement, ce qui a d’abord été répandu sur les cultures américaines pour tuer les soi-disant mauvaises herbes, et ce entre 1950 (début de la commercialisation) jusqu’en 1970 (interdiction par la Food and Drug Administration), fut également utilisé, dans des concentrations et proportions plus importantes lors de diverses guerres dont celle du Vietnam (80 millions de litres déversés). Avec un résultat dévastateur : 43 % des terres arables et 44 % des forêts vietnamiennes détruites, mais surtout de nombreux cas de cancers, tant chez la population vietnamienne que chez les militaires ayant manipulé l’agent orange ainsi que des malformations congénitales chez leurs enfants jusqu’à la troisième génération.

Et qui est derrière la fabrication de l’agent orange ? Monsanto ! Cette même firme mise en cause dans le fameux reportage de la journaliste Marie-Monique Robin, « Le monde selon Monsanto ».

Si vous voulez vous faire une idée précise de la problématique des pesticides et de son ampleur, un site vaut d’être lu : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pesticide . Il regorge d’informations qui devraient nous faire prendre conscience d’une chose : les pesticides ont envahi notre environnement et ils contiennent tous au moins un principe actif qui est systématiquement toxique. Systématiquement !

Des pesticides à tous les étages

En 2009, il existait plus de 100.000 produits pesticides commercialisés dans le monde, composés de 900 principes actifs, ces fameux principes actifs qui nous empoisonnent, nous et notre environnement (atmopshère, terres, rivières, flore et faune). On en retrouve dans la brume, la pluie, les sols, les nappes phréatiques (dont les eaux de captage doivent être traitées avant consommation, coût entre 50 et 90 milliards d’Euros par an), les aliments que nous consommons (viandes, poissons, légumes, fruits), même « bio » car des résidus se (re)déposent sur eux.

Sans le savoir, nous utilisons nous aussi des pesticides de façon journalière ! Les cheveux de votre enfant sont envahis par les poux ? Hop ! Un shampoing anti-poux. Un moustique dans la chambre, des fourmis ailées ou des mouches dans la cuisine ? Hop ! Un Vapona. 

Vos meubles en bois ont plus que probablement été bombardés de fongicides et d’insecticides censés les protéger. C’est oublier que l’inhalation de ces produits n’est pas sans conséquence. En plus d’être probablement cancérigènes, on suspecte les pesticides d’être responsables de maladies neurodégénératives (maladie de Parkinson, d’Alzheimer), ainsi que de l’augmentation de l’infertilité chez l’être humain.

La solution existe

Le pire, c’est que chaque pesticide de synthèse a une alternative naturelle. Autrement dit, nous pouvons nous en passer : il existe des moyens naturels de chasser les poux, les mouches ou les moustiques, de désherber votre potager, de protéger vos meubles, etc.

C’est ce que nous verrons prochainement, sur ce site même : les alternatives aux pesticides. A bientôt !

Serge Wangneur, co-président, Ecolo Silly

 


Pour prolonger :

1) Site français de campagne contre le glyphosate : https://www.campagneglyphosate.com/on-porte-plainte
2) Site wikipédia sur les armes chimiques : https://fr.wikipedia.org/wiki/Arme_chimique
3) Vidéo sur comment Monsanto a manipulé l’information scientifique autour du glyphosate: https://youtu.be/Q5HuUZSgkFk
4) Site Wikipedia sur la dioxine: https://fr.wikipedia.org/wiki/Dioxine
5) Le Monde selon Monsanto: https://www.youtube.com/watch?v=cVngG592xKU

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